Dissensus : quelle conjugaison possible de l’action publique et du privé à l’égard des équipements et ressources numériques ?

Quels sont les éléments de dissensus actuels au sujet des partenariats publics-privés en lien avec le numérique en éducation ? Cette question a été au cœur d’un des ateliers du symposium de dissensus organisé par la ligue de l’enseignement le 8 octobre 2016, qui impliquait des chercheurs qui s’intéressent au numérique en éducation.

Ce texte synthétise les éléments de dissensus identifiés au cours de l’atelier : l’exercice implique une certaine réduction du contenu des échanges ainsi que des reformulations à dimension interprétative ; il sera nécessaire d’obtenir l’assentiment des participants à propos du texte qui sera finalement diffusé.

 

Premiers constats

Ce qui est en voie de se passer est d’autant plus sérieux que les trois échelles stratégiques suivantes sont, à leur façon, impliquées : grandes entreprises, groupes nationaux, startups d’une part (le privé)  et niveaux national, régional, local pour le public, ainsi que ce qui relève des associations.Les grandes entreprises de ce monde voient le champ de l’éducation comme nouvelle frontière.

Pourtant, l’on sait que les pratiques éducatives s’élaborent dans une tension permanente avec les autres pratiques et institutions sociales : qu’un établissement privilégie une dotation en tablettes électroniques quand bien même l’infrastructure électrique lui fait défaut en témoigne. Par sa rapidité, la succession de technologies pose des difficultés dans l’analyse : par exemple, les MOOC sont-ils un phénomène passager ou ne constituent-ils pas un pas de plus vers la marchandisation de l’éducation ?

En ce qui concerne les pratiques éducatives appuyées sur des technologies informatisées, une tension s’identifie autour de la possession, du contrôle et du stockage des données. Cette tension s’aiguise lorsque les technologies mobilisées sont développées par des multinationales au capital économique de plus en plus écrasant et qu’elles ont, par ailleurs, notamment conquis les pratiques sociales individuelles.

À l’échelle nationale ou régionale, les partenariats publics-privés en matière de numérique éducatif ou, plus largement, leurs interrelations sont protéiformes et, de ce fait, difficiles à décrire. En outre, les questions que cela adresse aux pratiques éducatives sont peu traitées par la recherche en éducation en France. On comprend bien la réduction que cette situation impose en termes de visibilité et de compréhension des enjeux pour les enseignants, les élèves et leurs familles. Comment transformer cette situation ? Comment « (r)éveiller » leur agentivité ?

Il est en fait trop rare qu’un enseignant mobilise en classe avec ses élèves une technologie dont la conception a été fondée sur la recherche en éducation et qui lui garantit des droits quant à la sauvegarde et l’exploitation de ses données d’usage.

Les chercheurs participants à l’atelier ont mis en évidence des tensions susceptibles redessiner les frontières entre l’action privée et l’action publique qui en appelle au numérique dans le secteur de l’éducation. Leurs analyses ont convergé vers la formulation de trois questionnements pouvant fonctionner comme des leviers pour la quête de consensus..

 

Où finit l’action privée et où commence l’action publique aux différentes échelles d’action (de l’individu situé aux communautés) ?

L’hétérogénéité et la diversité des interrelations entre sphère publique et privée telle que l’illustre le cas du numérique éducatif en France gênent la conciliation de l’intérêt général avec ceux particuliers. Distinguer ce qui relève du privé et ce qu’il est souhaitable de rendre public à chaque échelle (ex. celle de l’enseignant, du chercheur, de l’entreprise, etc.), peut constituer un jalon pour la « mise en capacité » des acteurs du public. Un système d’analyse à trois niveaux pour le public comme le privé pourrait être mobilisé : grands groupes, groupes nationaux, startups (pour le privé) ; niveaux national, régional, local pour le public.

 

Quelle régulation pour la défense de l’intérêt général ?

Un glissement s’opère du public vers le privé en matière de défense de l’intérêt général. Un enjeu fort est de parer à la circularité de l’identification d’un problème auquel répond la solution inventée par les entreprises. Favoriser les rapports de collaboration pourrait constituer un contre-pouvoir ; il serait intéressant de réfléchir, en ce sens, au « produit que l’on veut fabriquer », par exemple, à la nature de la réussite éducative. D’autres initiatives pourraient viser la constitution d’observatoires relatifs aux aspects économiques ou de protection des données.

 

Quelles lignes rouges tracer ?

Le rapport de force est déjà inégal et en défaveur du secteur public. Où sont les règles juridiques pour qu’il soit bon acheteur ? Ne faut-il pas faire valoir la nécessité d’un nouveau code éthique concernant : l’achat ou l’usage de ressources éducationnelles libres ? L’aide aux start-ups ? La vente de services – en sus de la vente d’équipements et de ressources ? La protection des données ? Le contrôle de la certification ?

 

Références

Atelier de réflexion prospective PREA2K30. Trois macro-scénarios contrastés pour l’éducation, la formation et l’apprentissage en France en 2030 : un outil pour la prospective Version du 15 décembre 2011.

Cette synthèse est issue de la conférence de dissensus sur le numérique en éducation organisée par la Ligue de l’enseignement le samedi 8 octobre 2016 dans le cadre de la Semaine de l’éducation. Cet axe est coordonné par Thérèse Laferrière. Assesseuses : Aurélie Beauné et Sevina Touloupaki.

 

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